ARTE POVERA

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Arte povera (en italien, "!art pauvre!"), mouvement artistique italien qui se développa au milieu des années 1960. Ses adeptes utilisaient des matériaux "pauvres" leur permettant d'effacer la distinction conventionnelle entre l'art et la vie quotidienne. Les principales figures du mouvement sont Michelangelo Pistoletto, Jannis Kounellis, Giovanni Anselmo, Giuseppe Penone, Giulio Paolini, Mario Merz, Luciano Fabro et Gilberto Zorio. Le critique Germano Celant joua également un rôle important dans le mouvement, en inventant le terme "!Arte povera!" en 1967, puis en tentant à diverses reprises de définir sa signification.

L'Arte povera défia avec succès l'idée traditionnelle selon laquelle l'art occupe un niveau de réalité intemporelle et transcendant qui lui est propre. Par exemple, la Structure qui mange (1968, collection Sonnabend, New York) de Giovanni Anselmo était délibérément périssable. Elle consistait en effet en deux blocs de pierre entre lesquels l'artiste avait inséré des laitues, dont la putréfaction entraîna l'effondrement. L'usage le plus spectaculaire de matériaux vivants se trouve chez Kounellis, qui installa un ara vivant devant une toile peinte, démontrant que la nature contient en réalité plus de couleurs vives qu'aucune peinture. La nature unique de l'œuvre d'art est également une idée remise en cause par l'Arte povera, comme le montre Mimesis de Paolini, faite de deux moulures en plâtre de la même sculpture classique, et disposées de manière à suggérer une conversation.

La nature subversive de l'Arte povera est à associer au mouvement d'opposition à la guerre du Viêt-Nam. Dès 1965, Vietnam (1965, collection Menil, Houston), de Pistoletto, représentait des manifestants pacifistes. Cette œuvre reflétait également une autre préoccupation des artistes du mouvement : le désir de créer une certaine interaction entre l'œuvre d'art et le spectateur. Dans Vietnam, les images des personnages sont fixées à un miroir qui reflète les visiteurs de la galerie, qui deviennent ainsi une part même de l'exposition. Si le contenu politique de Vietnam apparaît clairement, il n'en va pas de même de la façon dont Kounellis exprima la fragmentation de la civilisation occidentale en créant des événements et des installations contenant des morceaux de moulures de plâtre de sculptures anciennes.

Bien qu'apparenté à l'art conceptuel pratiqué dans d'autres pays — aux États-Unis, il résulta notamment d'expériences pop et minimaliste, du happening et du cinéma underground —, l'Arte povera proprement dit produisit des œuvres d'une individualité indiscutable. À la première exposition d'Arte povera qui eut lieu à la galerie La Bertesca, à Gênes, en 1967, succédèrent de nombreuses autres manifestations, tant en Europe qu'aux États-Unis.