"Pour Joël Ducorroy, tout a commencé très tôt. A
quatorze ans, en toute innocence, il réalisa des sérigraphies proches de celles d'Andy Warhol. Puis, il joua le perturbateur aux Beaux Arts de
Paris, rencontra Gainsbourg en 1980 avec lequel il échangea quelques paroles facétieuses du genre « Et cetera, c'est adéquat », qu'il
eut l'idée d'inscrire sur une plaque minéralogique. Le support était trouvé, un voyage original pouvait commencer, à travers formes,
couleurs, humour et écriture. Sur la suggestion d'un ami, il adopta la dénomination d'artiste plaquetitien. Encore fallait-il exploiter divers thèmes
avec ces plaques. Après celui des « faux-tableaux », du « portrait », des « lieux d'accrochage », « Pupe »
déploie les ailes de 16 lépidoptères soigneusement enfermés dans des boîtes d'un mètre sur un mètre. « Pupe », c'est la chrysalide,
c'est l'art de la métamorphose, du réel transformé pour en donner une autre lecture. Bien documenté, Joël Ducorroy, nouvel entomologiste,
reconstruit la forme du papillon, par assemblage des plaques qui portent justement localisés les termes d'abdomen, ocelle, nervations, etc... Les
métamorphoses du papillon « épinglé » content l'histoire d'une collection où chaque partie se présente comme si le sens s'était
perdu. « L'écaille pourprée » déploie ses membranes jaunes mais le changement d'échelle, l'emploi de la peinture industrielle, la
technique qui ne laisse rien paraître du geste, créent de nouveaux insectes inclassables. La figuration prend ses distances dans ce puzzle
d'un nouveau genre où les plaques verticales, horizontales et obliques semblent appartenir au dernier kit pour créateurs de papillons. Fâché,
peut-être, par tous les chasseurs de réalité qui redemandent du papillon, Joël Ducorroy a transformé les lépidoptères en objet de culture
auquel son « humour néo-conceptuel » a su donner un style. Depuis la première exposition à New York en 1985 dans la galerie Émilie
Harvey, d'autres ont suivi à Paris, galerie Polaris en 1986, à Tokyo, au musée d'Art moderne en 1989, à Prague en 1993 et au musée d'Art moderne
de Nice en 1998." Julie Carpentier